BlocLa feuille de planning qu'on respecte.

Comment reprendre après avoir tout lâché : la méthode pour repartir sans culpabiliser

Nous avons tous, un jour, placé un objectif devant nous en nous jurant de l'atteindre, pour finalement échouer peu après et nous sentir terriblement faibles. Reprendre après avoir tout lâché est peut-être l'une des choses les plus difficiles qui soient, parce que ce n'est pas seulement un défi d'organisation : c'est un combat contre soi-même, contre la culpabilité et contre cette petite voix qui murmure qu'il est trop tard.

Dans cet article, je ne vais pas vous parler en théoricien. Je vais vous parler en personne qui a échoué et recommencé plus de fois qu'elle ne peut les compter. Nous allons voir pourquoi on lâche, pourquoi reprendre est si dur, et surtout comment repartir, une fois de plus, sans se laisser écraser par le poids de la pause.

Pourquoi on lâche : deux pièges opposés

Jusqu'à aujourd'hui, j'ai échoué énormément de fois, au point de ne même plus pouvoir les compter. Cela m'est arrivé à chaque phase d'un projet : au début, juste après une poussée de motivation ; au milieu, dans la période la plus cruciale ; et même à la fin, à une seule étape de la réussite.

Il faut préciser une chose : nos échecs ne dépendent pas toujours de nous. Parfois, la vie nous réserve des surprises. Mais même quand nous ne sommes pas responsables d'avoir arrêté une mission, cela ne nous rend pas moins coupables, car au fond de nous, nous savons que si nous l'avions vraiment voulu, nous aurions pu revenir.

Le moment où l'on lâche vient souvent d'un changement soudain de situation, qui rend l'objectif bien plus difficile qu'il n'aurait dû l'être. Alors un sentiment de désespoir nous recouvre, et il nous recouvre si bien que nous finissons par croire qu'il est impossible de s'en libérer. La situation devient encore plus inextricable quand une douleur émotionnelle se cache derrière : là, on lâche complètement, et on baisse toutes ses gardes.

Mais il existe une autre situation qui nous pousse à nous relâcher et à perdre le focus, et elle est tout le contraire de la première. C'est une grande réussite, obtenue plus facilement qu'on ne l'attendait. On devient alors très heureux, presque trop motivé, et cela nous pousse à nous dire : « J'ai tellement bien réussi que je mérite une petite pause, et je suis sûr que je repartirai de plus belle après, vu la performance que je viens de réaliser. » Ce qu'on voit là, c'est un excès de confiance qui suit une bonne nouvelle, une victoire.

Ces deux moments, le désespoir après l'échec et l'euphorie après le succès, sont ceux où il faut être le plus vigilant. Car ils peuvent vous affecter dans un sens comme dans l'autre : vous propulser vers vos objectifs, ou vous en éloigner sans que vous vous en rendiez compte.

Pourquoi reprendre est si dur

Pour répondre à cette question, j'aimerais reprendre une phrase qu'un ami m'a dite un jour. Il lisait un article sur le tabagisme et les tentatives d'arrêter de fumer. Et il m'a expliqué une chose qui m'a marqué : le moment le plus sombre pour un fumeur, car tôt ou tard, tous les fumeurs veulent un jour arrêter, ce n'est pas la première tentative d'arrêt, comme on pourrait le croire. Ce n'est pas ce moment où, encore inexpérimenté, il essaie pour la première fois. Non, c'est la première rechute après cette tentative. Parce que c'est là qu'il réalise à quel point c'est difficile, et qu'un doute terrible s'installe : peut-être qu'il n'y arrivera jamais.

Ce que j'ai compris, c'est ceci. Avant d'essayer, même après avoir entendu les témoignages de ceux qui ont lutté, le fumeur se dit que ce sera à sa portée : il suffit, après tout, de ne pas fumer. Mais après le premier échec, son discours change : il se dit qu'en réalité, il n'est peut-être pas assez fort.

Et je trouve que c'est exactement la même logique pour toutes les habitudes liées à la volonté humaine. Une fois qu'on a cassé son régime, sa routine ou un objectif qu'on s'était fixé, la reprise devient plus difficile, parce qu'on a échoué une fois, qu'on a mesuré la difficulté, et qu'on se met à douter de soi. Aussi puissant que soit l'espoir pour nous pousser à agir, le désespoir est un poids aussi lourd qui nous tire en arrière. C'est précisément ce piège qu'il faut éviter.

Ma stratégie : éviter la première chute

Après de multiples observations, j'ai développé la stratégie qui me paraît la plus efficace pour ne pas tomber dans ce piège. Elle se concentre sur le point central qui empêche les gens de reprendre : la première chute. Notre objectif, quand on débute dans le développement de soi, va donc être clair : éviter cette première chute, quoi qu'il arrive.

La raison est la suivante. Une personne qui travaille sur elle-même quotidiennement depuis longtemps connaît très bien son mental. De temps en temps, elle peut vouloir forcer ses limites pour atteindre un niveau supérieur, et échouer. Mais comme elle a un socle construit depuis longtemps, au lieu de remettre en question ses capacités, elle va se concentrer sur sa technique et chercher à l'améliorer. Cette personne a déjà atteint quantité d'objectifs qu'elle s'était fixés : elle a un caractère forgé, une mentalité renforcée. Un échec ne l'ébranle pas, il l'informe.

C'est tout l'inverse pour quelqu'un qui cherche encore un sens à sa vie, qui veut se surpasser et devenir plus actif. S'il se fixe des objectifs qui dépassent ses capacités du moment, son mental va jouer contre lui. Il va commencer à douter, à se questionner, à se demander s'il est fait pour ça, ou s'il ne vaut pas mieux rester dans sa zone de confort. Et son cerveau, qui cherche avant tout le confort, va produire mille excuses et envoyer autant de signaux qui travaillent contre lui.

Construire un socle, un jour après l'autre

Pour un débutant, la solution est donc de créer un programme simple à suivre, dont le but premier n'est pas la performance, mais l'installation d'un réflexe : celui de contrôler sa volonté. On construit d'abord un socle solide. C'est seulement ensuite, une fois ce socle en place, qu'on pourra avancer de façon autonome et franchir des sommets de plus en plus hauts.

Concrètement, le programme du débutant doit respecter une seule règle d'or : être si simple qu'il est presque impossible d'échouer. L'erreur classique, c'est de repartir avec un plan de champion, deux heures de travail par jour, cinq séances de sport par semaine, et de tenir trois jours avant de chuter. On retombe alors exactement dans le piège de la première chute qu'on cherchait à éviter.

Le bon réflexe est l'inverse. On commence petit, ridiculement petit s'il le faut. Un seul bloc de travail par jour. Une seule habitude à tenir. Un objectif quotidien tellement modeste qu'on ne peut pas se trouver d'excuse pour ne pas le faire, même un mauvais jour. Le but, à ce stade, n'est pas d'avancer vite : c'est de ne jamais casser la chaîne. Chaque jour où vous tenez votre petit objectif, vous ne progressez pas seulement sur la tâche, vous musclez la seule chose qui compte au début : le réflexe de tenir parole envers vous-même.

C'est exactement pour ça qu'un planning découpé en blocs est un outil si précieux au démarrage. Il transforme une intention vague, « je vais m'y remettre », en un rendez-vous précis et minuscule que vous ne pouvez pas oublier. Vous posez un bloc, un seul, vous le respectez, et vous cochez. Jour après jour, ces petits blocs deviennent un socle. Et le jour où un imprévu vous fait manquer une journée, ce n'est plus une catastrophe : vous avez une base assez solide pour reprendre le lendemain sans que tout s'effondre.

En résumé : on ne vise pas la perfection, on vise le retour

Reprendre après avoir tout lâché n'est pas une question de force ni de talent. C'est une question de méthode, et de compréhension de soi. On lâche pour deux raisons opposées, le désespoir après un échec ou l'excès de confiance après une réussite, et dans les deux cas, le vrai danger n'est pas la pause elle-même, mais la première chute qui nous fait douter de nos capacités.

La stratégie est donc simple, même si elle demande de l'humilité : au début, on ne cherche pas à impressionner, on cherche à ne pas chuter. On se construit un socle avec des objectifs si petits qu'on ne peut pas les rater, jusqu'à ce que l'effort quotidien devienne une habitude aussi naturelle que se brosser les dents. Une fois ce socle en place, on pourra viser les sommets, échouer parfois, et se relever sans jamais remettre en question sa propre valeur.

Et si vous lisez ces lignes en vous disant que vous avez tout lâché depuis des semaines ou des mois, retenez juste ceci : vous n'avez pas à tout rattraper aujourd'hui. Vous avez seulement à poser un bloc, un seul, aujourd'hui. Le reste suivra, un jour après l'autre.

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